Comme chaque mois de novembre depuis maintenant huit ans, le défi Mois sans tabac incite les fumeurs à stopper la cigarette pendant 30 jours. Outre son effet positif sur la santé des consommateurs, le challenge permet à la planète de “mieux respirer” pendant un cours laps de temps. Rencontre avec Marie-Claire Bier, tabacologue en Lorraine depuis 9 ans, pour aborder les thématiques de pollution liée au tabagisme.

La culture du tabac engendre une émission de 84 millions de tonnes de CO2 chaque année. Pixabay/Content License
Émissions de gaz à effet de serre, empiètement sur les terres agricoles, abattage d’arbres, pollution de la vie marine… La cigarette est un fléau pour la santé des consommateurs mais aussi pour l’environnement. Le Mois sans tabac, lancé en France en 2016, met au défi les fumeurs de stopper complètement leur consommation, addictive ou récréative de la cigarette, pendant 30 jours. Selon la Direction de l’information légale et administrative, « près de 1.2 million de personnes » ont participé à l’opération depuis sa création. L’objectif est double : améliorer la santé des Français et réduire la pollution inhérente à cette pratique.
Quelles sont les missions d’un professionnel de santé spécialiste du tabac ?
Marie-Claire Bier, 64 ans, tabacologue en Lorraine depuis 2014 : « Le mois sans tabac, à la base, se déroule au mois d’octobre en Angleterre. En France, nous avons choisi le mois de novembre. Lors de ma première mission, lorsque je m’occupais des consultations dans un hôpital de Moselle, j’accompagnais les fumeurs dans une démarche de sevrage total ou partiel. La priorité était d’atteindre les objectifs fixés à l’aide de traitements par substitution nicotinique et de thérapie comportementale personnalisée. »
Pourquoi la cigarette est-elle néfaste ?
« Le tabac, c’est huit millions de décès dans le monde chaque année. Imaginez-vous qu’une personne meurt de pathologies liées au tabac toutes les 60 secondes ! En France, c’est la première cause de mort évitable avec 76 000 morts tous les ans. Une cigarette contient 4 000 produits chimiques. Si on décortique son anatomie, on se rend compte qu’elle contient de l’arsenic, de l’ammoniaque, du cadmium… L’ammoniac est un puissant additif et renforce la dépendance à la nicotine. C’est une véritable usine chimique ! Le tabac détruit aussi la santé de ceux qui le récoltent. Les usages de pesticides et engrais de synthèse sont moins réglementés dans les pays produisant la plante. »
Quel est l’impact concret du tabac sur l’environnement ?
« Le tabagisme est un véritable fléau sanitaire et écologique. La culture du tabac est source de pollution à différents niveaux : la destruction de 600 millions d’arbres, les 200 000 hectares de terres agricoles utilisées pour produire le tabac, les 22 milliards de tonnes d’eau utilisés pour son exploitation et les 84 millions de tonnes de CO2 rejetés chaque année dans le monde. La pollution engendrée par les particules fines contenues dans la fumée de cigarette est aussi élevée que le gaz d’échappement d’un moteur diesel qui tourne. Parmi les déchets les plus ramassés par les défenseurs de l’environnement, on retrouve principalement les mégots de cigarette. Seul un sur deux est jeté à la poubelle. Les autres sont jetés dans la rue, dans les voies d’écoulement ou les espaces verts. Un seul de ces mégots peut polluer plus de 500 litres d’eau et il faut plus de dix ans pour que le filtre se désagrège. Il contient des microfragments de plastique et menace la faune et la flore marine par exemple. »
Quelles mesures permettent de contrer, de ralentir la pollution environnementale ?
« En France, la gestion de ces déchets a évolué. En 2023, jeter un mégot par terre est passible d’une amende de 135 €. C’est plus dissuasif qu’en 2020 où les personnes prises la main dans le sac devaient payer 68 €. Il existe des filières de recyclage de mégots comme en Bretagne par exemple. Une fois traités, ils servent à la fabrication de meubles urbains et à la création d’espaces aménagés pour les fumeurs. Aujourd’hui, nous distribuons de petits cendriers de poche et incitons les gens à jeter leurs déchets à la poubelle. »
Q.L